La nature et nous - Mali

22 February 2012 | News story

Alassane Ballo, membre de la CEC, partage son avis dans cet essai. Le patrimoine en ressources biologiques du Mali, riche et varié, est malheureusement menacé de disparition.

La dégradation de l’Environnement est accélérée dans l’ensemble de la région de Mopti avec des variations dues aux différences climatiques (Nord-Sud), au niveau de développement socio-économique et culturel, à la densité de populations…Les efforts - de Lutte Contre l’érosion des sols, de restauration de la fertilité, de revégétalisation des espaces - sont en deçà de l’exploitation actuelle des Ressources Naturelles.

La baisse continue de la nappe phréatique favorise la mort des arbres sur pied augmentant ainsi la vitesse de l'érosion (éolienne et hydrique) et réduit le potentiel en combustible ligneux et de bois de construction voire de bois d’œuvre.

L'ensablement a des conséquences néfastes sur les habitations, les terres agricoles et les points d'eau. La couverture végétale est presque inexistante à certains endroits. Les produits de cueillette (fruits de doum, jujubiers, dattiers sauvages, gommiers arabiques, tanin, etc.) – ces produits forestiers non ligneux (PFNL) constituant, aujourd’hui, une des importantes sources de revenus économiques pour les femmes et leurs groupements féminins, après un processus de valorisation (transformation/commercialisation) de ces PFNL – deviennent de plus en plus rares suite à la dégradation de la végétation. La faune sauvage (terrestre et aquatique) est réduite de façon drastique.

La faune et les milieux naturels disparaissent de plus en plus tandis que les aires de conservation se vident par braconnage et occupées, en grande partie, par les agriculteurs et les bergers. Le reste de faune et les reliques d’habitats naturels ne se trouvent plus que dans les zones les moins accessibles. Cette situation a été fortement exaspérée par les grandes sécheresses des années 1970 et 1980 en plus de l’accroissement démographique et l’extension de l’occupation drastique des terres exploitables pour satisfaire les besoins socio-économiques des populations résidentes sans contrepartie de restauration à la hauteur pour garantir une durabilité de survie aux maigres écosystèmes en présence et sous pression perpétuelle.

La vitesse et l’ampleur de ces changements sont significatives, particulièrement en ce qui concerne le changement climatique, la fragmentation des habitats, l’accroissement de la population et de la pauvreté, l’augmentation de la pression sur les ressources naturelles.

La stratégie de survie d'une grande partie de la population s'oriente vers une exploitation plus intensive et abusive des ressources naturelles. Les principaux acteurs ou groupes d’intérêts restent ceux évoluant dans les systèmes de production (agriculture, élevage, pêche, chasse, artisanat, cueillette, etc.) en plus de ceux dont les intérêts quelconques de survie dépendent de ces systèmes par le biais de filières commerciales mal organisées.

En outre, les stratégies d'adaptation des exploitants, en migrant entre les différentes zones écologiques pour avoir accès aux diverses ressources selon les saisons, n'ayant pas produit l'effet escompté, la production s'est alors avérée caractérisée par une intensification et une diversification de l'exploitation des ressources naturelles s'opérant dans tous les cas, sur une base anarchique défiant toute règlementation en vigueur pour pérenniser cette exploitation de façon durable.

Les fortes pressions exercées sont quasiment d’ordre anthropique à savoir :

  • Défrichement
  • Exploitation frauduleuse
  • Braconnage
  • Transhumance
  • Compétition
     

Le maintien des caractéristiques écologiques et l’utilisation rationnelle des RN devront être des passages obligés pour une meilleure conservation de ces écosystèmes et la diversité de vies menacés dans une perspective de durabilité escomptée. Ce processus sera fortement appuyé sur les vertus de la concertation, du dialogue villageois et inter-villageois, voire multi-acteurs fondés sur une connaissance et valorisation des us et coutumes locaux tout en ne perdant pas de vue que les effets d’entraînement du processus de décentralisation puissent y être d’un apport inestimable. A ce sujet, le processus doit prétendre surtout à raisonner et organiser les protagonistes autour d’une entente consensuelle commune en vue de transformer les visions d’intérêt individualistes (personnels) en des opportunités de gestion collective conventionnelle et durable des ressources naturelles et la diversité de vies au bénéfice équitable pour tous, favorisant, du coup, l’amélioration du cadre et conditions de vie des populations à l’orée de l’atteinte des OMD en référence des lignes directrices du CSLP / CSCRP (le cadre de référence des politiques et programmes de développement au Mali).

En outre, une réelle prise de conscience et une mobilisation suffisamment forte à l’égard de la sauvegarde de l’environnement voire de la conservation/gestion durable des ressources naturelles doivent être perçues au travers d’un sursaut commandant l’engagement concerté et/ou synergique de tous les acteurs (Communautés y compris exploitants potentiels, Autorités Communales, ONGs, Services Techniques, Administration et autres...) pouvant apporter une ou des valeurs ajoutées à l’efficience des actions et/ou de leurs attentes liées et escomptées en vue d’un bien-être dans la cité.

Ne dit-on pas très souvent : Mieux vaut prévenir que guérir.
 

Contact: Alassane BALLO Alassane.Ballo@gmail.com