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S'il est un phénomène qui retient l'attention de l'observateur, s'agissant de la Méditerranée, c'est bien l'abondance d'institutions, d'organisations, de traités, de conventions, de protocoles, de colloques ou séminaires, réunions d'experts ou ateliers de travail qu’elle concerne. C'est aussi la fréquence des rencontres, la récurrence des sujets et des thèmes traités, évoqués ou débattus, avec ou sans conclusions. Il est fort probable qu'il se tient, en moyenne, une rencontre par semaine au moins (l'estimation étant de l'ordre de l'intuition ou de la démarche empirique). Ce mouvement n'est pas près de ralentir, étant nourri de manière paradoxale, par la difficulté à obtenir des résultats tangibles.

Cette énumération appelle un diagnostic et celui-ci s'impose : la Méditerranée est malade de sa gouvernance ; elle souffre d'un syndrome aigu de « mal gouvernance » — plutôt que de non gouvernance — comme on évoquait il y a quelques années la « mal administration » d'un État dont les structures administratives étaient défaillantes ou déficientes au point que les objectifs qui leur étaient assignés n'étaient pas atteints et qu'une forme de régression était perceptible dans la conduite des projets et l'utilisation des ressources. C'était le temps d'avant le mot « gouvernance », devenu le concept clé des temps modernes.

Deux initiatives nouvelles sont apparues qui ont contribué au renouveau de la question de la Méditerranée et ont orienté les acteurs vers la recherche des termes de la gouvernance.

La première est née d'une volonté politique française, en juillet 2008, de créer une Union pour la Méditerranée (UpM) ; la deuxième est la mise en œuvre d'une politique maritime intégrée par l'Union européenne (avec une déclinaison pour le bassin méditerranéen).

Il existe toutefois une antériorité à ces initiatives dans la recherche d'un mode global de gestion des problèmes de la Méditerranée : celle de l'UICN et de son centre de coopération de Malaga qui réunit régulièrement depuis 2007 un groupe informel et transdisciplinaire d’experts (juristes, biologistes, gestionnaires…) dont les échanges et les publications contribuent à nourrir la réflexion et la décision régionale.

La multitude des institutions et des actions, le chevauchement des mandats et des compétences, l'emprise dominante d'une approche sectorielle — quel qu'en soit le mérite —, la découverte par des États du pourtour du bassin qu'ils sont côtiers avec une aspiration légitime à aller vers le large et les fonds marins, autant de facteurs géographiques, humains, politiques, scientifiques, économiques et sociaux qui sont un concentré de beaucoup de frustrations et d'échecs avec de rares succès pour essayer de rétablir un équilibre et parler de gouvernance.

Et en contrechamp, il y a dans la mémoire de chaque acteur le souvenir d'un âge d'or de la Méditerranée, d'une histoire commune dont il faudrait retrouver, ou réinventer, la magie.

Entre une Méditerranée rêvée et celle qui marque le pas en cédant à tous les risques, c'est ce grand écart qu'il convient de corriger. Non pas tant parce qu'il faudrait être à la hauteur de l'héritage, mais parce que ce bassin maritime n'a jamais été aussi central dans la géopolitique mondiale. L'enjeu que constituent ses détroits se confirme dès lors que la sécurité de la navigation le dispute à la sécurité due au milieu marin ; l'intensité des trafics maritimes, toutes marchandises confondues, n'a d'égale que le souci de rendre ces navigations sûres dans un bassin ayant une configuration précise.

Les caractéristiques géographiques de la Méditerranée en font la figure emblématique du concept de mer fermée ou semi-fermée qui a été consacré par la Convention des Nations-Unies sur le droit de la mer de 1982.


Glossaire

L'idée de rédiger un glossaire est née de la nécessité de mettre à la disposition des praticiens un guide dont la nature ni l'inspiration ne sont académiques. L'objectif est de répondre à des questions qu'ils se posent fort légitimement au-delà de leurs disciplines scientifiques, économiques, de gestion administrative. On ne trouvera pas, sauf en quelques cas, de référence détaillée à la jurisprudence internationale, non plus l'écho des débats sur telle interprétation qu'il conviendrait de donner à des dispositions juridiques. Cela est du domaine des experts juridiques que sont les professeurs d'université ou juges internationaux, actifs ou retraités, qui peuvent faire assaut de subtilités sans que la valeur ajoutée, réelle, de leurs analyses soit toujours perceptible pour l'action au plus près du terrain.