Quarante pourcent (40%) de l’air que nous respirons est produite par les forêts tropicales. Troisquarts des 150 premiers médicaments de prescription en Europe et aux États-Unis sont des versions de laboratoire de produits chimiques trouvés dans les extraits des arbres et des plantes tropicales. L'OMS estime que plus de 60% de la population des pays en voie de développement dépende sur les extraits d’arbres et plantes tropicales pour son soin de santé primaire. Les forêts contribuent plus à soutenir les moyens d'existence locaux que l'aide au développement vers les pays en voie de développement. Selon une étude réalisé par l’UICN en 2010, les forêts génèrent 130 milliards de dollars US par année en soutien des moyens de subsistance dans les pays en voie de développement alors que l'aide au développement vers ces mêmes pays s'élève à seulement 120 milliards de dollars US par année. Malgré ce potentiel, certains pays de l’Afrique de l’Ouest sont parmi les plus pauvres sur la planète.
La pauvreté constitue la plus grande menace à la stabilité politique, la cohésion sociale et la santé de l’environnement sur notre planète. Cette vérité n‘est évidente nulle part ailleurs plus qu’en Afrique de l’Ouest où la plupart des gouvernements et communautés dépendent d’une ressource forestière en nette état de dégradation. Les causes en sommes nombreuses, mais à priori on connaît un cycle irrationnel de dégradation de forêts et de mouvements de populations. En effet, l’état des forêts d’Afrique de l’Ouest est contrarié par des activités humaines. D’un autre côté, la dégradation des formations ligneuses affecte négativement l’économique et le social de la sousrégion. Ce basculement entre dégradation de la forêt et déplacement de populations vers d’autres paysages forestiers encore plus fragiles est finalement la cause, plus que toute autre chose, de nombreux conflits sociopolitiques. La porosité des frontières des pays de la sous région et la tendance à la transhumance des populations de la sous région, facilitées par les processus d’intégration régionale n’ont pas aidé à résoudre la question de l’exploitation irrationnelle des forêts. En fait, l’intégration politique n’a pas été accompagnée par la mise en place d’un cadre régional pour la gestion intégré des ressources forestières. Par conséquent, les populations d’un pays exploitent les ressources d’un autre plus ou moins à volonté. C’est la conjugaison de ces facteurs qui entraîne la pauvreté toujours grandissante des économies ouest africaines dont la richesse et la santé sont intimement liées à leurs ressources naturelles existantes en général et à leurs ressources forestières en particulier.
Aussi, de manière générale, les activités forestières en Afrique de l’Ouest, sont menées de façon opportuniste et sporadique, manquant de planification participative aux niveaux national et régional et sans buts et objectifs clairement définis pour guider l’évaluation des résultats. Cela a souvent entraîné un manque de concentration et d’orientation. Par exemple, la participation des pays de la sous-région aux réunions importantes telles que le forum des nations unis sur les forêts est rare et opportuniste. Ceux qui participent ne peuvent pas partager leurs expériences et rapports de 2 missions faute de l’existence d’un cadre sous-régional consacré à ce sujet. Aussi, la plupart des initiatives sont entreprises de manière isolée sans tirer profit de l’expérience acquise dans des projets similaires soit dans le même pays ou dans des pays voisins ayant habituellement des conditions écologiques et socio-économiques similaires. De ce fait, les capacités institutionnelles développées restent insuffisantes face à la faiblesse de l’engagement et du soutien politiques.
L’expérience a montré qu’un engagement politique au niveau régional entraîne l’engagement de la communauté internationale. L’absence d’un processus sous-régional sur les forêts amène les pays d’Afrique de l’Ouest à accorder moins d’attention à l’élaboration de politiques forestières nationales par excellence car celles-ci constitueraient l’exception plutôt que la règle. L’on pense que les pays ayant de bonnes politiques forestières vont perdre des opportunités commerciales au profit de ceux ayant des politiques moins rigoureuses due au fait que les exploitants forestiers illégaux qui “coupent et s’enfuient” faisant du commerce dans les marchés insensibles à l’environnement, vont abandonner les pays ayant développés des politiques forestières adéquates vers ceux qui n’ont pas encore découvert la valeur de leurs ressources forestières.
Malgré cette situation apparemment morose, il existe une volonté politique avérée dans la sousrégion. La quasi-totalité des pays ont signés et ratifiés les conventions internationales concernant la gestion durable des ressources naturelles à l’instar de: la Convention sur la Diversité Biologique, la Convention sur les zones humides, et la Convention de Lutte contre la Désertification. La plupart des pays de la sous-région ont aussi conçus des politiques et des programmes forestiers et promulgués des lois qui sont à divers degrés d’application. Plus de 277,570 km² d’aires protégées contenant des forêts ont été jusqu’ici classées, alors que plusieurs initiatives de reforestation et d’afforestation sont en cours de réalisation pour divers objectifs.
Bien qu’il y ait du progrès grâce aux efforts ci-dessus, la coordination au niveau régional, voire national, constitue un défi de taille. C’est pour cela que l’initiative du Dialogue sur les Forêts en Afrique de l’Ouest était lancée en 2005/6.
EVOLUTION
Devant ce contexte, un processus du Dialogue sur les Forêts en Afrique de l’Ouest a fait l’objet d’intense effort de réflexions entre les organisations intergouvernementales de la sous région (le CILSS, l’UEMOA et la CEDEAO), les organisations internationales (la FAO, l’IUCN, le CIFOR) et les Etats membres de la CEDEAO depuis 2004. Les principales étapes du processus du dialogue sur les forêts en Afrique de l’Ouest vécues depuis lors peuvent se résumer comme suit :
- Une consultation initiée par la FAO en 2005 dans trois sous-régions de l’Afrique (Afrique de l’ouest, Afrique de l’Est et Afrique Australe) a permis de faire l’état de la coopération en matière de forêts ;
- Une réunion internationale organisée en 2006 à Ouagadougou au Burkina Faso entre les partenaires internationaux et qui a confirmé le rôle de coordination générale, d’impulsion et de supervision politique réservée aux organisations sous-régionales à savoir de la CEDEAO et de l’UEMOA ;
- Une réunion des ministres en charge de l’environnement de l’Afrique de l’Ouest du 24 avril 2007 a recommandé à la CEDEAO et l’UEMOA en concertation avec les autres OIG de la sous région d’élaborer un document de dialogue sur les forêts ;
- Du 1er au 23 Juillet 2008 et du 08 Septembre au 11 Octobre 2008, une étude régionale portant état de coopération forestière sous régionale a été conduite par un consultant recruté par la FAO sous l’égide de la CEDEAO et de l’UEMOA, qui a effectué une mission dans les 15 Etats membres de la CEDEAO ;
- Un document du rapport d’études relatives au dialogue sur les forêts en Afrique de l’Ouest a été élaboré.
- Un atelier de validation technique par les experts des Etats membres de la CEDEAO organisée du 26 au 28 janvier 2009 à Accra (Ghana) a validé après analyse et amendement le document de base du dialogue sur les forêts en Afrique de l’Ouest.
- Plusieurs initiatives de relance du processus de Dialogue sur les Forêts ont été réalisées y compris une étude de cas, une rencontre informelle avec les experts en Côte d’Ivoire, et une rencontre avec la société civile environnementale au Ghana.
- Et tout récemment la réunion des Ministres en charge des forêts et de la faune des Etats membres de la CEDEAO tenue le 11 juin 2010 Cotonou (République du Bénin) a adopté formellement le document de base de dialogue sur les forêts en Afrique de l’Ouest et les Termes de Référence de l’étude portant sur la préparation d’un Plan de Convergence pour la Gestion et Utilisation durables des Ecosystèmes Forestiers en Afrique de l’Ouest.
En réponse aux principales conclusions et recommandations de la réunion des Ministres sus indiquée, qui a vivement encouragé la FAO à poursuivre son appui technique et financier à travers un projet de son Programme de Coopération Technique en vue de la préparation d’un plan de convergence, la CEDEAO et la FAO ont signé récemment, en la date du 20 janvier 2011 le document du Projet TCP/FAO/RAF/3306 intitulé : «Appui à la préparation du Plan de Convergence pour la gestion et utilisation durables des écosystèmes forestiers en Afrique de l’Ouest». Ce projet était lancé les 15 et 16 mars 2011 à Abuja au Nigeria. Les termes de références (TDR) pour les postes de consultants dans ce projet sont disponibles dans ce site web jusqu’au 15 avril 2011.
TENTATIVE DE VISION
La vision nourrie par cette initiative est celle d’une forêt humide et sèche d’Afrique de l’Ouest dont la perte nette actuelle de diversité biologique est réduite, arrêtée et en fin de compte inversée et qui, par son existence contribue au bien-être social, culturel et économique des populations locales et des gouvernements d’Afrique de l’Ouest en particulier et au bien-être éducatif, scientifique et culturel de la communauté internationale dans son ensemble. Cette vision sera réalisée en utilisant les structures institutionnelles existantes ou en créant des structures adaptées visant à mettre en place des partenariats avec les gouvernements, les organisations concernées et les parties prenantes de la biodiversité forestière de la sous région. Les progrès impliqueront l’utilisation des résultats démontrés à partir de projets de terrain et à travers un processus de Plan de Convergence pour guider la conception des programmes forestiers et environnementales réalistes. Le développement des capacités, une nécessité pour la durabilité institutionnelle et des ressources, constitue un résultat important.
Il convient de noter que la forêt d’Afrique de l’Ouest sur une superficie de 73,234,000 Ha en 2010 transcende l’écosystème des mangroves et de la forêt côtière. Elle longe le Golfe de Guinée, à travers l’écosystème de la forêt humide guinéenne connue sous le nom de ceinture ouest africaine du cacao, jusqu’aux forêts sèches et de galerie du Sahel.